06 14 71 13 61
camille@olerys.fr

Le droit à la déconnexion : Fiction ou réalité ?

Aaah la technologie…. Celle qui nous permet de savoir ce qu’il se passe dans le monde à l’instant T… La même qui nous permet d’avoir accès à notre réseau professionnel alors que nous sommes en vacances ! N’est-ce pas formidable ?!

En France, le droit à la déconnexion a fait son entrée dans le code du travail et est en vigueur depuis le 1er Janvier 2017.

Au fait, c’est quoi le droit à la déconnexion ?

Le droit à la déconnexion est un principe selon lequel un salarié a le droit de ne pas utiliser ses outils numériques professionnels (ordinateur, téléphone, …), dans un cadre personnel, tel que le soir, le week-end, pendant les vacances…  [À des fins professionnelles bien évidemment !].

Pour résumer, vous êtes donc en droit de ne pas répondre à une sollicitation pendant votre temps personnel.

IMPORTANT : Si le salarié doit rester disponible en dehors de ses horaires de travail, il faut que ce soit explicitement demandé par l’entreprise. Cela s’apparente alors à de l’astreinte et ces heures doivent être rémunérées/rattrapées.

Actuellement, le Code du Travail ne précise pas de mesure concrète. C’est à chaque entreprise de définir ses propres conditions et les dispositions qu’elle va mettre en place pour respecter ce droit. Après négociations et validation par les représentants du personnel, ces conditions doivent être inscrites dans un accord collectif ou une charte d’entreprise. Le droit à la déconnexion fait partie des sujets à aborder lors de la Négociation Annuelle Obligatoire (NAO) sur la qualité de vie au travail.

Pour les entreprises de moins de 50 salariés, il n’existe pas d’obligation de rédaction d’un tel document, toutefois les entreprises sont vivement encouragées à le faire. Les sanctions encourues en cas de recours des salariés au Conseil de Prud’hommes peuvent être importantes. Cette démarche trouvera parfaitement sa place dans la section « prévention des risques psychosociaux » du Document Unique, obligatoire pour toute entreprise ayant au moins un salarié.

Vous l’aurez donc compris, c’est officiel, vous avez le droit de ne pas travailler en dehors de vos horaires de travail. Youpi !
Alors OK c’est bien beau c’est écrit dans le code du travail, mais en réalité, comment ça se passe ?

Mon expérience personnelle semble être confirmée par des études réalisées en France et aux États-Unis ces dernières années. Cette déconnexion n’est pas toujours si évidente qu’elle en a l’air. Mais est-ce vraiment un problème lié à l’outil numérique (smartphone, ordinateur portable, …) ? Ou est-ce lié à la charge de travail ? À la vision du travail en France ? À notre histoire personnelle ?

Je vous propose d’explorer les raisons principales qui, selon moi, peuvent être un frein à cette déconnexion :

  1. L’entreprise / La hiérarchie / Les clients
  2. La charge de travail
  3. Soi-même
Symbole Déconnexion

Droit à la déconnexion : Quelles sont les recommandations mises en place dans mon entreprise ?

Vous l’aurez compris, il n’existe pas de texte précis quant aux règles à respecter. C’est à chaque entreprise de faire la démarche, de définir ses propres conditions d’application et d’en vérifier le bon fonctionnement.
Pour connaître les mesures prises par votre entreprise, je vous invite à lire les documents mis à votre disposition (Document Unique, accord collectif ou encore charte d’entreprise).
Vous pouvez également vous tourner vers votre hiérarchie ou votre Comité Social et Économique (CSE) en cas de débordement.

Je vous propose quelques tips pour anticiper ces sollicitations intempestives pendant votre temps personnel :

  • Informer sa hiérarchie et/ou ses équipes de l’existence de ce droit. En effet il est possible que les personnes ne soient simplement pas sensibilisées à ce sujet. Une fois l’information passée, proposer que les consignes soient (progressivement) appliquées,
  • Lister ses attributions professionnelles,
  • S’assurer d’avoir au moins 1 backup connu pour chaque attribution,
  • Informer de sa présence/absence :
    • Calendrier journalier à jour et partagé
    • Message d’absence email avec liste des backups à contacter
    • Planning de congés partagé
  • Éteindre son téléphone professionnel avec un message de répondeur spécifique (En cas d’urgence, contactez M/Mme Y…) [Comment ça vous n’avez pas de téléphone professionnel ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas un cas isolé… Dans ce cas vous pouvez « Filtrer » les appels/SMS/mails professionnels].

[Partagez moi vos bonnes pratiques pour ne pas être dérangé pendant vos vacances : camille@olerys.fr ]

Voici quelques exemples de consignes de déconnexion mise en place dans les entreprises :

Efraim Clam, fondateur de Little Corner précise dès l’entretien d’embauche « ici, on travaille de manière intense en journée mais en contrepartie, on ne se dérange pas durant sa vie privée ».

Un groupe de BTP, a ajouté la mention suivante à leur signature électronique : “Si vous recevez ce mail pendant votre période de repos, vous n’êtes pas tenu d’y répondre immédiatement“.

Hélène Gemahling, DRH de Nespresso France « Nous avons décidé de ne pas couper les serveurs informatiques mais au contraire de faire appel à la maturité des salariés. Si […] un collaborateur souhaite travailler le soir ou le week-end, on ne l’interdit pas plus qu’on ne l’encourage »,

Volkswagen avait bloqué l’accès aux Blackberry d’entreprise entre 18h15 et 7h à une partie de ses salariés

Un géant du Cac 40 précise dans son accord QVT et égalité professionnelle une plage horaire entre 20h et 7h, durant laquelle les salariés du groupe sont incités à se déconnecter. Une pop-up qui s’affichera à partir de 20h afin de sensibiliser les collaborateurs au respect de ses temps de repos, mais aussi à celui de ses collègues.

Droit à la déconnexion : Mes journées sont trop courtes pour tout traiter !

Ce n’est un secret pour personne, les journées font 24H ! Et dans ces 24H nous devons caser notre vie professionnelle, vie personnelle, vie familiale, vie sociale, nos obligations [gestion : maison, ménage, courses, repas, paperasse, …], notre (précieux) sommeil.

Chaque élément à son importance dans notre équilibre de vie et chacun d’entre nous y alloue un pourcentage de temps dans sa journée.

Lorsque j’étais manager [Plus d’infos], il était courant pour mes collègues et moi-même d’avoir plusieurs réunions en parallèle, sur des plages horaires allant de 7h30 à 19h et incluant le créneau 12/14h bien sûr ! Le tout sans parler de tous les mails et les sujets en cours à traiter …

La tentation est trop forte de lire ses mails le soir après le repas, rédiger des documents au calme pendant que votre famille dort ou encore finaliser un dossier important pendant vos vacances… Alors avec tout ça, comment voulez-vous que notre vie professionnelle ne déborde pas sur le reste ? Il est loin là le droit à la déconnexion …

« Une étude que nous avons effectuée […] montre que les trois quarts des managers travaillent le soir, le week-end ou durant leurs vacances pour lire leurs mails ou écrire les rapports qu’ils n’ont pas le temps de rédiger durant leur temps de travail habituel », Lahoucine Tazribine, représentant syndical.

De manière inconsciente ou non, nous pouvons tomber facilement dans cet engrenage. Il est important de ne pas normaliser une telle situation, et que, par exemple, ça ne devienne pas un sujet de plaisanterie autour de la machine à café.

La prise de conscience est la 1ère étape pour amorcer un changement sur une situation qui ne vous convient plus.

Je vous propose quelques axes à explorer pour vous et pour l’entreprise si vous vous reconnaissez dans ce paragraphe :

  • Avez-vous connaissance des mesures misent en place dans votre entreprise ? Cela peut vous aider à prendre conscience d’un éventuel débordement, et vous fixer des objectifs,
  • Avez-vous une organisation de travail qui vous correspond ?
  • Gérez-vous efficacement vos priorités ?
  • Pensez-vous à déléguer ?
  • Arrivez-vous à dire « non » en cas de surcharge de travail ?
  • Le dialogue avec la hiérarchie/l’entreprise est-il possible ?
  • Les collaborateurs sont-ils bien staffés ?
  • Les effectifs sont-ils suffisants ?
Olerys - Comment arriver à se déconnecter lorsque nous sommes surchargés de travail

En cas de débordement important, n’hésitez pas à en parler, voire à demander de l’aide. Alerter votre hiérarchie, RH ou CSE, ou des organismes extérieurs tels que la médecine du travail ou un professionnel compétent (Coach, thérapeute, …).

INFO : En parallèle du droit à la déconnection, il existe un texte officiel sur le repos quotidien du salarié https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F990

Et le télétravail dans tout ça ?

Il y a quelques années, certaines entreprises ont fait le choix de couper leur serveur le soir et week-end afin d’obliger leurs salariés à se déconnecter. Cependant certaines sont revenues en arrière depuis avec le développement du télétravail, favorisant ainsi la flexibilité et responsabilité de chacun.

« Je fais du télétravail. Je peux décider de travailler le matin, de ne pas bosser l’après-midi pour passer du temps avec ma fille. Dans ce cas, je fais le choix de travailler le soir quand elle dort. […] Personnellement, je n’ai aucune envie qu’on me déconnecte de tous les outils à partir d’une certaine heure, ça serait contraire à la liberté que je recherche ».

Ces dernières années, et encore plus ces derniers mois, le télétravail a pris une place très importante dans nos organisations.
Lorsqu’il est maîtrisé (comme dans l’exemple ci-dessus), il offre une certaine liberté aux salariés. Dans le cas contraire, c’est une porte ouverte aux débordements.

En ce qui concerne le droit à la déconnexion, les mêmes règles s’appliquent pour le télétravail. N’hésitez pas à vous fixer un cadre et des horaires de travail, à en informer vos collaborateurs et à vous y tenir [s’y tenir peut être la partie la plus compliquée].

Droit à la déconnexion : Je n’arrive pas à couper le contact

Nous avons beau savoir que c’est un droit, dans les faits ça ne se passe pas vraiment comme ça pour certains… Et j’étais là 1ère !

Olerys - Enquête ELEAS - 40% des salariés culpabilisent de ne pas répondre aux sollicitations sur leur temps personnel
Le cabinet de conseil ELEAS, spécialiste du management de la qualité de vie au travail et de la prévention des risques psychosociaux, a mené en 2018 une enquête sur l’impact des outils numériques professionnels sur les salariés français.

D’après cette étude, environ 40% des salariés culpabilisent de ne pas répondre aux sollicitations sur leur temps personnel

Parenthèse personnelle :

[J’ai quitté mon emploi en 2018 donc le droit à la déconnexion venait de faire son entrée officielle 1 an auparavant]

Dans l’entreprise où je travaillais, je n’avais pas accès au réseau professionnel depuis l’extérieur, ni même le droit de sortir des documents du site. Donc le soir, le week-end ou même en vacances pas de connexion possible aux mails et impossible de travailler de la maison. Loi ou pas loi, ça aide à la déconnexion me direz-vous… je suis d’accord oui, en partie.
Dans les faits, au lieu de ramener le travail chez moi, je restais tout simplement à mon bureau. Je couvrais donc une large plage horaire, mais au moins, soir et week-end j’étais tranquille.
Concernant les RTT ou vacances, c’était encore une autre histoire … L’équipe était au courant « Si vous avez besoin, n’hésitez pas à m’appeler », « N’oubliez pas de m’envoyer un mail [sur mon adresse perso] résumant les points clés de la journée ». Voire même, les 1ères années c’est moi qui les appelais pour savoir si tout allait bien !


Ce que je veux dire par là, c’est que sur le papier, tout était conforme à une bonne déconnexion depuis des années… mais dans ma tête ce n’était pas si facile que ça. Personne ne m’obligeait à être si connectée à mon travail, hormis moi-même [Et un petit peu ma charge de travail aussi].

Chacun d’entre nous est différent. Nous avons notre propre histoire, notre propre vision, notre propre ressenti… et donc nos propres raisons conscientes ou inconscientes de réagir à une situation.

Peut-être vous reconnaîtriez-vous dans ces quelques hypothèses, énumérées sans aucun jugement :

  • Culpabiliser :
    • de ne pas répondre positivement aux sollicitations extérieures
    • d’être absent au moment où certains en ont besoin
    • de laisser l’équipe gérer
    • de ne pas (bien) faire son travail
  • Avoir peur :
    • de manquer une information (le fameux syndrome FoMO, « fear of missing out », qui fonctionne aussi bien sur les réseaux sociaux que dans le milieu professionnel)
    • de devoir rattraper le surplus de travail lors du retour au bureau
    • d’avoir fait une erreur
    • d’être tenu responsable en cas de problème
    • de la réaction de la hiérarchie/collaborateurs en cas de problème/retard
    • du jugement de la hiérarchie/collaborateurs en cas de problème/retard
  • Manquer de confiance en soi et/ou en ses collaborateurs,
  • Vouloir rendre service, aider son interlocuteur (équipe, client, collaborateur, …)
  • Ne pas manquer à son devoir
  • Être ou se sentir indispensable
  • Être dans l’hyper contrôle
  • Vouloir être une personne sur laquelle les autres peuvent compter, être présent
  • Ne pas vouloir passer à côté d’une promotion
  • Être victime de « blurring » : perte de repères des limites entre la vie professionnelle et la vie privée. La notion de temps de travail devient trouble […]
  • Préférer travailler chez soi, au calme
  • Penser que ça fait partie de son rôle professionnel

Et aujourd’hui, à quoi ressemble ma déconnexion ?

Quelques années ont passé, mon environnement professionnel a changé, j’ai fait un travail personnel et aujourd’hui ma déconnexion me convient.

Voici mon organisation :

  • Je me suis fixée un cadre de travail flexible qui me correspond, si je choisi de « me déconnecter » quelques heures dans la journée, je rattrape mon travail le soir ou le week-end,
  • Mon dossier de travail se trouve sur un serveur et n’est accessible que de 8h à 22h,
  • J’ai fait le choix de n’avoir qu’un seul téléphone pour le PRO/PERSO :
    • Désactivations les notifications mails,
    • Configuration du mode « Ne pas déranger » ,
    • Utilisation de l’appli « Forest » qui permet de faire une pause numérique [et en plus ils plantent de vrais arbres !]
  • Je résiste à l’envie d’allumer mon PC ou de prendre connaissance de mes mails pro en dehors de mon cadre de travail [et parfois je n’y résiste pas].


Comme vous avez pu le constater, la déconnexion n’est pas une chose facile pour tout le monde, mais ce n’est pas irrémédiable ! Je le disais précédemment, la prise de conscience est la 1ère étape pour amorcer un changement sur une situation qui ne vous convient plus.


Ex-manager et secrétaire CSE, j’accompagne aujourd’hui les entreprises et les particuliers qui veulent aller plus loin dans la recherche et la mise en place d’un environnement de travail efficient et épanoui.

Olerys - Camille Gallard

Camille Gallard
Créatrice d’Happy Workers

Coach professionnelle certifiée – Consultante QVT –
Formatrice Management & QVT

Me contacter



Sources : lemonde, lefigaro, juritravail, lesechos start, la-petite-boite-a-outils, inrs, demos, theconversation, huffingtonpost, cadreo, cadremploi, cairn, eleas, service-public